abracadabradantesque
Hommage à Richard Descoings au nom des étudiants de Sciences Po

Souvent le pouvoir sert-il à masquer les hommes. Utilisée comme une carapace, la fonction éloigne progressivement son titulaire de ceux qu’il est censés diriger, jusqu’à l’étourdir et le dévorer. Tout étudiant de Sciences Po sait à quel point Richard Descoings échappait à cette condition, la fuyant même ostensiblement. Peut-être parce qu’il n’était justement pas un homme de pouvoir, il avait rejeté cette carapace et avait décidé de s’exposer, jusqu’à l’excès, au regard et au jugement de ses élèves. Jusqu’à la brulure de tout son être, il aura fait de nous, de cette force mouvante qu’il aimait et qui l’animait profondément, la passion d’une vie, un engagement infini. Il est difficile aujourd’hui d’exprimer tout ce que représentait Richard Descoings pour une communauté dont il était le principal ciment. Il est difficile de résumer ici l’influence qu’il a eu sur ces milliers de destins auxquels il s’est entièrement dévoué, si ce n’est en renvoyant au bouleversement radical que sa disparition a fait naître chez les étudiants, chez ses étudiants. Il accueillait chaque nouvelle promotion par un appel à l’humilité qui nous éloignait subitement des panégyriques familiaux et marquait en quelques sortes notre entrée dans le monde adulte. Ce regard qu’il posait ce jour là sur nous, pour la première fois, n’était pas fugace. Des commissions qu’il présidait à sa disponibilité quasi-permanente sur les réseaux sociaux, il veillait tout au long de notre scolarité à nous suivre, inquiet de nos réactions, ferme sur ses convictions. Nombre d’entre nous l’avons croisé fortuitement, le laissant nous guider d’une salle à l’autre sans n’avoir rien demandé, intimidés par la simplicité de ce geste. Discrètement, prévenu on ne sait trop comment, il n’aura cessé de lancer des mots de réconfort à ceux d’entre nous qu’il savait dans un jour sombre, discrètement, tenacement. Aimant à se montrer comme un provocateur de tous les instants, bousculant en permanence l’ordre établi, Richard Descoings nous restera paradoxalement et avant tout pour avoir incarné cette généreuse simplicité. Gardien de nos aspirations, qu’il a démultipliées en faisant de Sciences Po la référence mondiale que l’on sait, il a aussi été, surtout été, le garant de notre intégrité, veillant toujours à nous rappeler la complexité du monde, à battre en brèche nos préjugés et à nous éloigner d’un conformisme auquel tout nous prédestinait. Sa construction mystérieuse et paradoxale, était en elle même une leçon, disponible à qui voulait la saisir, sur la profonde irréductibilité de l’âme humaine. Elle se situait dans le droit fil de ce rapport unique à l’altérité qui l’aura poussé à nous lancer aux quatre coins du monde, non comme une fuite mais comme un complément indispensable à un cursus qu’il ne pouvait penser que dans la diversité. À ceux qui étaient prédestinés aux grandes écoles, il les aura forcés à s’interroger sur le fondement de cette apparente méritocratie, à récuser tout sentiment de supériorité. A ceux qui devaient en être exclus, il leur aura ouvert ses portes sans conditions, faisant de Sciences Po un creuset de créativité et de diversité unique en France dont chacun sait aujourd’hui ce qu’il nous a apporté. Sans rien nous dire, Richard Descoings a décidé de tout nous donner. La douleur qu’avait fait naître en lui la dernière vague de contestations n’était pas destinée à rester sans réponse. Les réformes qu’il s’apprêtait à annoncer n’avaient qu’un seul destinataire, qu’un seul objectif : réaffirmer son engagement plein et entier à nos côtés, et défendre l’institution à laquelle il avait tout donné, quitte à se sacrifier. Le silence qu’il nous laisse ne doit pas nous faire oublier que jusqu’au dernier jour, il aura oeuvré à maintenir et renforcer le lien qui nous unissait. Le regard qu’il posait sur nous lors de chaque conférence inaugurale dans l’amphithéâtre Emile Boutmy ne disparaîtra pas. D’ailleurs, Richard Descoings continuera à nous regarder grandir, nous accompagner et nous élever. D’ici, Monsieur le Directeur, nous vous saluons une dernière fois, en vous remerciant d’avoir fait de notre vie la votre, et de nous avoir indiqué le chemin à suivre, celui de l’audace et de l’altérité. En nous, vous subsisterez.

Eglise Saint-Sulpice - 11 avril 2012

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    • le dernier recours a été abandonné il y a trente minutes. Je pense à Obama. ça doit être étrange, de se savoir responsable, même dans une toute petite partie, mais très directement, de la mort de quelqu'un
    • et ils doivent être étranges, les mécanismes conscients et inconscient qui immédiatement se mettent en place pour justifier cette décision calculée, la justifier et la rationaliser vis à vis de soi même, pour mieux l'oublier.
    • ça doit être étrange, comme sensation, de sacrifier quelqu'un pour un calcul politique.
    • il n'y pense peut être pas maintenant, même si peut être que dans son lit, quelque chose vient le lui rappeler, mais dans tous les cas il y a pensé hier, avant hier, lorsqu'il a été saisi par le milion de signatures, par ses conseillers qui ont été forcés de lui en parler, de l'interroger, de lui demander de prendre la décision, dans un sens ou dans un autre alors peut être que ça l'occupe, peut être un moment, qu'il aura ce petit moment de vide lorsqu'on lui annoncera que le dernier recours a été refusé, ou que l'exécution a eu lieu juste un moment volé, qui n'aura certainement aucune conséquence, je ne pense pas que l'on arrive à ce niveau de responsabilités sans s'être suffisamment protégés, sans être devenu froids comme la roche.
    • mais un moment
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